HISTORIQUE DE LA RECHERCHE
et
CONTEXTE ARCHEOLOGIQUE



L'Acheuléen dans le Midi toulousain : historique et état de la recherche

Les premières fouilles d'un gisement archéologique recelant de l'Acheuléen sont effectuées durant la deuxième moitié du XIXe siècle à l'Infernet sur la commune de Clermont-le-Fort (Haute-Garonne). La reprise du chantier un siècle plus tard par L. Méroc et J. Paloumé (28), tout en confirmant l'ancienneté d'une partie de l'industrie, a démontré que les séries étaient malheureusement remaniées, les industries acheuléennes étant mêlées à des pièces et une faune attribuables au Paléolithique moyen (op. cit.). Ce type de site demeure tout à fait exceptionnel pour le Midi toulousain puisque la majorité des gisements paléolithiques anciens connus se caractérise par des stations de plein air non stratifiées.

Dès 1937, H. Breuil publie un inventaire des sites qu'il a pu parcourir et propose un chronologie relative des terrasses de la Garonne sur lesquelles on retrouve de l'Acheuléen (5). Les industries sont abondamment représentées à la surface de la terrasse moyenne mindélienne, elles sont parfois surmontées de séries moustériennes piégées dans les limons de couverture. Des pièces roulées découvertes dans cette même formation fluviatile sont signalées par l'auteur sur la commune de Saint-Clar. Il en est de même à Mondavezan où dans un contexte géomorphologique similaire une industrie acheuléenne roulée a été récoltée (6).

Il faut attendre la publication de certaines observations de L. Méroc (26) faites à la faveur du creusement du canal de Saint-Martory (Haute-Garonne) ou de l'extension du front de taille d'une carrière (Colomiers), pour avoir enfin une description relativement précise des séries acheuléennes retrouvées en place dans des coupes. A En Jacca ainsi qu'à Lherm, l'industrie se trouve à l'interface du corps de la grave et des limons de couverture. Elle porte souvent les stigmates caractéristiques de l'altération de la moyenne terrasse (dépôts ferrugineux propres au sol rubéfié).
L'accumulation des données émanant de prospections de surface mais provenant également des rares fouilles de gisements en grottes (Montmaurin) aboutissent à la publication en 1976, d'une première synthèse sur les industries du Paléolithique inférieur dans le bassin de la Garonne, par H. de Lumley et surtout A. Tavoso (25, 38) . L'Acheuléen ancien est signalé sur la Haute terrasse de la Garonne (Fu = Günz ?). L'Acheuléen moyen sensu lato semble dans de rares cas contemporain de la mise en place de la moyenne terrasse au cours du Mindel (ex : industrie roulée à Mondavezan), il repose le plus souvent sur les niveaux graveleux de cette formation. L'éolisation bien nette de certaines pièces et la présence des témoins de l'altération de la terrasse (dynamique du fer) sur une partie de l'industrie lui confère un âge rissien ou au mieux Mindel-Riss (interglaciaire). Quant aux ensembles découverts dans les grottes de Montmaurin, ils seraient tous postérieurs à ce même interglaciaire (38).

L'importante étude de A. Tavoso sur le Paléolithique inférieur et moyen du Haut Languedoc (37) permet d'établir une corrélation entre la chronologie relative des terrasses du Tarn et celle des différentes formations alluviales étagées du bassin de la Garonne. La seule synthèse récente sur l'Acheuléen de la région Midi-Pyrénées que l'on doit à J. Jaubert et Ch. Servelle (23) s'appuie principalement sur ce dernier travail.

Dans le Midi toulousain , le groupe des industries archaïques (Pré-Acheuléen) est uniquement représenté par des assemblages récoltés en association avec les plus hauts épandages alluviaux : hautes terrasses de la Garonne et de l'Hers Mort (40). Les matériaux d'origine strictement locale sont débités sur enclume ou au percuteur dur. Les outils les plus évolués ne sont pas encore porteurs de la notion de symétrie.

L'Acheuléen de la Garonne, qui selon les auteurs pourrait avoir une origine ibérique voire africaine tant les similitudes d'ordre typo-technologique sont importantes avec les séries plus méridionales, correspond approximativement à l'Acheuléen moyen de la nomenclature. Il se caractérise par un outillage constitué de très nombreux coups de poings typiques, riche en hachereaux, et comportant également des bifaces et des unifaces ; ces séries étant débitées et façonnées dans des matériaux très favorables à leur mise en forme (quartzite pyrénéen).

D'après les travaux de A. Tavoso et sur la base de l'état physique des industries et de critères techno-typologiques, cet Acheuléen pourrait être subdivisé en trois faciès chronologiques :
- un Acheuléen moyen archaïque qui serait représenté dans le bassin de la Garonne par les industries roulées découvertes dans la moyenne terrasse à Mondavezan (Haute-Garonne) ;
- un Acheuléen moyen caractérisé par l'ensemble des séries découvertes sur la terrasse moyenne (Fv de la nomenclature actuelle) ;
- un Acheuléen évolué ou final représenté par la station de la Baraque à Vacquiers (Haute-Garonne).

La reconnaissance des différents stades de l'Acheuléen décrits précédemment n'est actuellement pas étayée par des datations numériques. Seule l'étude géomorphologique et sédimentologique des dépôts riches en séries acheuléennes permet de "caler" ces industries dans une échelle chronologique encore trop imprécise : l'Acheuléen archaïque serait contemporain de la mise en place de la moyenne terrasse et l'Acheuléen moyen et supérieur postérieur à l'interstade Mindel-Riss et antérieur au dépôt des limons de couverture contenant des pièces moustériennes et daté du Würm récent.

Les travaux en cours menés par D. Millet s'attachent notamment à déterminer précisément le contexte sédimentologique propre aux terrasses alluviales de la Garonne (29 à 33). L'analyse des différents niveaux limoneux et des faciès d'altérations (sédimentologie, pédologie, palynologie) qui ont nettement marqué les formations fluviatiles, pourrait aboutir à la création d'un référentiel conduisant à établir un cadre chronologique plus précis pour l'Acheuléen de la Garonne.

© P. CHALARD 1998