LE GISEMENT DU CHATEAU A FONSORBES



Présentation du gisement

La moyenne terrasse de la Garonne constitue une zone privilégiée riche en sites de plein air attribuables pour la majorité d'entre eux à l'Acheuléen (Paléolithique ancien). La plupart de ces gisements se caractérisent par des indices de débitage plus ou moins abondants découverts en surface (quartzites taillés). Une opération archéologique conduite au printemps 1997 par l'AFAN (7 ; 10) dans la carrière Gelis au lieu dit La Sauvegarde à Colomiers (34) a permis la mise au jour de niveaux limoneux et graveleux non perturbés contenant des produits lithiques acheuléens. Les résultats de ce sauvetage urgent témoignent de l'importance du potentiel archéologique encore enfoui sous les limons qui coiffent la moyenne terrasse de la Garonne notamment dans le Midi toulousain. C'est à l'issue de cette intervention que de nouvelles prospections, complétant des travaux en cours (32), ont été effectuées sur plusieurs communes de la Haute-Garonne.

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Situation du gisement du Château
(contours géologiques d'après Hubschman 1975a, 15).
Au cours de ces investigations, l'observation minutieuse des travaux d'aménagement du "Lotissement du Château" sur la commune de Fonsorbes, et plus particulièrement la prospection du secteur décapée pour la voirie, furent à l'origine de la découverte de plusieurs quartzites taillés (4 choppers, 1 nucleus sur enclume, 1 fragment de nucleus, 2 débris et 4 éclats) dont l'attribution chronologique ne faisait aucun doute. La présence d'une station acheuléenne directement menacée par la construction de ce lotissement nécessitait la mise en place d'une opération de diagnostic dans la partie supérieure de la zone constructible.

Cette intervention menée par l'AFAN (9) et financée par la société FRANCELOT devait permettre de déterminer le potentiel archéologique encore existant, conformément aux prescriptions scientifiques établies par le Service Régional de l'Archéologie de Midi-Pyrénées.

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Gisement du Château : vue à partir du talus de la moyenne terrasse vers la vallée de la Garonne.



Méthode d'évaluation


Deux contraintes majeures ont été prises en compte lors de la préparation et le développement de l'intervention archéologique. L'évaluation se déroulant en même temps que les travaux d'aménagement et la surface à prospecter étant relativement réduite - seuls le talus et le lambeau de terrasse situés dans la partie supérieure des parcelles à lotir étaient concernés par cette étude - il fut décidé qu'une semaine de terrain devait permettre d'appréhender de manière satisfaisante le potentiel archéologique du gisement. De plus, dans le cadre des sondages et afin de ne pas pénaliser l'aménageur, le creusement des tranchées ne devait concerner que les secteurs dévolus à la voirie ou aux espaces verts. En effet, une déstabilisation des sols sur les terrains constructibles entraînaient inévitablement une perte non négligeable de la valeur de ces parcelles. Il fut donc convenu de n'intervenir dans ces secteurs que dans l'éventualité où une fouille s'avérerait absolument nécessaire.

photo Une pelle sur roues à godet lisse fut mise à disposition par l'aménageur pendant trois jours afin d'effectuer plusieurs sondages de reconnaissance. L'exploration de ces différents périmètres se faisait par des décapages successifs de faible profondeur (5 à 10 cm) sur une largeur de godet au moins.
La surface ainsi mise au jour était nettoyée entre deux passages. photo
photo L'observation attentive des déblais s'effectuait dans le même temps, ceci afin de recueillir le maximum de pièces archéologiques.
Cette méthode a permis de récolter un certain nombre de pièces in situ et de localiser ainsi l'horizon stratigraphique (interface F0b/F1a) qui contenait les séries archéologiques. photo
Chopper en place.
Au terme de ces trois premiers jours d'intervention, le décapage portait sur 160 m2. Les sondages ont été interrompus à différents niveaux en fonction de la richesse en matériel archéologique et de la nécessité d'obtenir des coupes.



La stratigraphie

Trois ensembles sédimentaires différents ont été identifiés si l'on excepte les remaniements et remblais anthropiques notés Fx sur les relevés de coupe. A la base, on retrouve le substratum molassique F2, puis les venues détritiques F1 et enfin les horizons sommitaux F0. Les constituants de la terrasse proprement dite F1, et ceux de F0 ont été subdivisées en deux.

Ainsi de haut en bas ont pu être caractérisés :
F0a : composé par la terre végétale et un limon brun clair, ce dernier épisode comporte des débris épars de brique rouge ainsi que des galets dont la disposition dans l'espace reflète un réarrangement anthropique. La base de cet horizon est soulignée par des débris de brique plus nombreux.
F0b : surtout dans la tranchée 2, il est possible de distinguer sur environ 10 à 15 cm sous les dépôts F0a une zone argilo-limoneuse non remaniée, homogène, de couleur brun clair. Le matériel archéologique était plus abondant dans ce niveau.

La sédimentation alluvionnaire se réduit ici à deux épisodes :
F1a : sur 20 à 30 cm au sein d'une matrice argilo-sableuse de teinte ocre à rouille se sont déposés des éléments graveleux centimétriques subarrondis et des galets de module moyen (8 à 15 cm). De composition très siliceuse, la majorité est représentée par des quartz et des quartzites grises à sombres. Cet horizon présente un aspect rubéfié par coloration externe des éléments. C'est au sommet de cet couche qu'une partie des quartzites taillés a été prélevée.
F1b : Ce dépôt brun-orangé de 20 à 40 cm, à la matrice argilo-sableuse, comporte une proportion moindre de graviers. Les éléments détritiques de type galets conservent la même taille et la même nature siliceuse. On note toutefois l'apparition de rares galets gneissiques et granitoïdes. Plusieurs d'entre-eux présentent des signes d'altération ferrugineuse centripète donnant à l'ensemble une teinte rubéfiée parfois versicolore et pour les éléments des auréoles brunâtres très sombres.

Le sommet du substratum molassique est composé par :
F2 : l'argile carbonatée gris bleu, plastique, de consistance talqueuse au toucher, évoque une forte proportion de montmorillonite. Cette sédimentation a subi à l'interface avec les venues alluvionnaires une altération marquée par un liseré rouge millimétrique et quelques pisolites.

stratigraphie
Stratigraphie du gisement du Château.
(Relevés D. Colonge et M. Jarry. Mise au net M. Jarry 1997)



L'industrie lithique

Les occupants acheuléens ont principalement tiré partie des galets de quartzite qui abondaient en inépuisables réserves, sans délaisser totalement lydiennes, cornéennes et schistes. Les quartzites qui offrent de bonnes aptitudes à la taille ont été largement préférés. En effet, ceux-ci présentent des qualités mécaniques indéniables auxquelles s'ajoutent une morphologie particulière (galet) autorisant un débitage mieux maîtrisé. La surface corticale permet entre autre une meilleure diffusion de l'onde de choc. Un éclat en silex, dans lequel a été façonné un racloir, provient très vraisemblablement de gîtes situés à plusieurs dizaines de kilomètres du gisement. Cette origine lointaine témoigne de l'introduction d'un matériau "rare" sous la forme d'un outil.

dessin
Eclat en silex.
Pour cette série, la production prépondérante d'éclats a été principalement obtenue selon une conception discoïde du débitage (utilisation de la percussion directe au percuteur dur). Cependant, cette méthode n'était pas exclusive. La gestion unipolaire ou globulaire des nucléus et le débitage sur enclume ont également été mis en œuvre. Il existe une très nette corrélation entre la morphologie des nucléus et le type de production découverte sur le site : 30 % de la série est constituée d'éclats. Elle caractérise une activité orientée vers l'utilisation de supports légers (bruts ou retouchés).
10 % des produits sont retouchés. Si un outil "lourd" est présent (hachereau), l'industrie façonnée est essentiellement composée de racloirs, de denticulés et de coches. Quelques pièces façonnées diverses viennent compléter cette panoplie. La retouche normale demeure assez marginale. Elle affecte souvent les faces inverses des supports, préservant une partie active corticale. Les galets aménagés, parmi lesquels on notera l'absence de chopping-tools, ne portent que rarement une retouche secondaire de régularisation des parties actives. dessin
Racloir.
Le profil typologique de l'industrie n'est pas sans rappeler la physionomie d'autres séries régionales considérées comme appartenant à l'Acheuléen final ou au Pré-Moustérien. Néanmoins, une attribution chronologique indubitable ne sera réellement possible que lorsque l'Acheuléen de la vallée de la Garonne et de ses affluents aura été clairement défini. A l'instar du sauvetage urgent que nous avons effectué sur le site d'En Jacca - La Sauvegarde (Colomiers, Haute Garonne), cette nouvelle intervention sur une station acheuléenne, démontre tout l'intérêt qu'il faut porter aux gisements paléolithiques anciens du bassin de la Garonne , qui bénéficient, a priori, d'un contexte géomorphologique peu favorable à la détermination d'un cadre chronostratigraphique précis.

© P. CHALARD 1998 avec la collaboration de D. COLONGE et M. JARRY.